Pile ou face film, le polar français qui a opposé Noiret à Serrault dans un duel de titans
En bref
Un polar noir signé Robert Enrico, porté par deux géants du cinéma français
- Réalisation de Robert Enrico sur un scénario de Michel Audiard, sorti en 1980
- Philippe Noiret face à Michel Serrault, duel d’acteurs d’une intensité rare
- Intrigue inspirée de l’univers Simenon, filmée à Bordeaux sous tension permanente
Quarante ans après sa sortie, le pile ou face film de Robert Enrico reste l’un des polars français les plus dérangeants de son époque. Pas parce qu’il déborde de rebondissements spectaculaires, mais précisément parce qu’il en manque. Il n’y a pas de course-poursuite, pas de révélation fracassante. Il y a deux hommes, une conviction tenace et une ville qui regarde ailleurs. Bordeaux sert de décor à une enquête qui tourne en obsession, celle d’un inspecteur persuadé de tenir le coupable idéal. Ce film mérite mieux que la simple étiquette de polar d’époque. C’est une œuvre à relire, à redécouvrir, à défendre.
Une enquête borgne dans les rues de Bordeaux
Tout part d’une femme tombée par une fenêtre. Madame Morlaix est morte, et son mari, comptable terne et veuf discret, devient immédiatement la cible de l’inspecteur Baroni. Philippe Noiret incarne ce flic à la conviction chevillée au corps, qui s’acharne sur Morlaix sans jamais produire la preuve décisive. Michel Serrault, de son côté, joue le suspect avec une ambiguïté troublante, ni clairement innocent, ni franchement coupable.
L’action se déroule à Bordeaux, ville bourgeoise et fermée, dont l’architecture austère colle parfaitement à l’atmosphère du récit. Le pile ou face film exploite ce cadre avec intelligence. On n’est pas dans le Paris flamboyant des polars de genre. On est dans une France de province où les secrets se terrent dans les immeubles en pierre, où la culpabilité n’est jamais officielle mais toujours supposée.
- Lieu de tournage principal : Bordeaux et ses quartiers anciens
- Atmosphère visuelle proche du polar américain des années 70
- Mise en scène épurée, sans effets superflus
- Tension construite sur le silence plutôt que sur l’action

Michel Audiard, l’architecte discret du scénario
Le scénario du pile ou face film porte la signature de Michel Audiard, ce qui en dit long sur les ambitions du projet. Audiard n’est pas un dialoguiste au service du spectacle. Il est un moraliste qui glisse ses observations entre les répliques. Dans ce film, ses dialogues portent une vision acide des rapports de pouvoir entre un flic qui abuse de son autorité et un homme ordinaire broyé par la machine judiciaire.
Certains critiques ont reproché au film un manque de charpente narrative. Ce reproche est honnête mais un peu court. L’absence de structure classique est un choix délibéré, pas un raté. Audiard et Enrico ne racontent pas une enquête résolue. Ils racontent l’entêtement d’un homme qui confond conviction et certitude. C’est une histoire morale, pas un polar à dénouement propre.
L’influence de Georges Simenon plane sur l’ensemble du récit. Pas Simenon façon Maigret bienveillant, mais Simenon façon roman dur, celui des destins brisés et des villes indifférentes.
Le duel Noiret-Serrault, une rencontre au sommet
Dans le pile ou face film, le face-à-face entre Philippe Noiret et Michel Serrault constitue la colonne vertébrale du film. Leurs scènes communes dégagent une tension que peu de duos d’acteurs français ont su produire à cette période. Noiret joue la brutalité tranquille, Serrault la fragilité méfiante. Aucun des deux ne surjoue.
Ce n’est pas un hasard si le film a été édité en Blu-ray par Studiocanal et distribué par des maisons comme Potemkine. Sa réputation cinéphile repose largement sur cette alchimie entre les deux acteurs. La distribution complète réunit également Pierre Arditi, Jean Desailly, André Falcon, Bernard Le Coq et Dorothée dans le rôle de Laurence Bertil.
| Rôle | Acteur |
|---|---|
| Inspecteur Baroni | Philippe Noiret |
| Édouard Morlaix | Michel Serrault |
| Laurence Bertil | Dorothée |
| Rôle secondaire | Pierre Arditi |
| Rôle secondaire | Bernard Le Coq |
Une vision sombre de la justice ordinaire
Ce qui distingue le pile ou face film des polars classiques de la même période, c’est son regard sur l’institution policière. Baroni n’est pas présenté comme un héros. Il est un flic qui se trompe peut-être, ou peut-être pas, mais qui refuse d’admettre le doute. Cette ambiguïté morale traverse tout le film sans jamais se résoudre en leçon facile.
La production, portée par Marcel Cravenne, a misé sur un format sobre, sans partition musicale envahissante, sans effets de manche visuels. Robert Enrico, davantage connu pour ses films d’aventure, signe ici un travail de direction d’acteurs remarquable. Il laisse le conflit entre Baroni et Morlaix occuper tout l’espace, sans chercher à le dynamiser artificiellement.
- Aucune résolution morale tranchée
- Regard critique sur la dérive de l’autorité policière
- Mise en scène au service des acteurs, pas du spectacle
- Économie de moyens qui renforce la tension psychologique
Où voir et comment se procurer le pile ou face film ?
Le pile ou face film est disponible en VOD sur plusieurs plateformes légales, notamment Pathé Home. La version Blu-ray éditée par Studiocanal et distribuée par Potemkine propose des bonus dignes d’un film de patrimoine. Arte a également diffusé et commercialisé le film via sa boutique en ligne, ce qui témoigne de la reconnaissance culturelle dont jouit ce titre quarante ans après sa première.
Pour ceux qui souhaitent revoir le pile ou face film dans les meilleures conditions, la version restaurée en haute définition est la référence. Les bandes-annonces d’époque, disponibles sur Dailymotion et YouTube, donnent un aperçu fidèle du ton général, même si la qualité visuelle de ces archives reste celle des supports analogiques d’origine.
Notons enfin que le titre a été brièvement remis en lumière à l’occasion du Festival de Cannes, lorsqu’un film homonyme, signé Alessio Rigo de Righi et Matteo Zoppis, a été présenté en sélection Un Certain Regard. Les deux œuvres n’ont aucun lien, mais la coïncidence de titre a ravivé l’intérêt pour le film d’Enrico.
Le pile ou face film reste une œuvre à part dans la filmographie française des années 80, ni tout à fait polar, ni tout à fait drame psychologique, mais quelque chose de plus inconfortable et de plus durable que les deux à la fois.

Vos questions sur le pile ou face film
Qui a réalisé le pile ou face film de 1980 ?
Robert Enrico a réalisé ce polar français sorti en 1980. Surtout connu pour ses films d’aventure, il signe ici une œuvre plus intimiste et psychologique, portée par un scénario de Michel Audiard et une direction d’acteurs au service du duel entre Philippe Noiret et Michel Serrault.
Le pile ou face film est-il inspiré d’un roman de Simenon ?
Le film ne repose pas directement sur un roman de Georges Simenon, mais son atmosphère, sa vision de la province française et son traitement du personnage de flic obsessionnel rappellent fortement l’univers du romancier belge. Le scénario est une œuvre originale signée Michel Audiard.
Où peut-on voir le pile ou face film aujourd’hui ?
Le film est accessible en VOD via Pathé Home et d’autres plateformes légales. Il existe également en Blu-ray restauré, édité par Studiocanal et distribué par Potemkine. Arte l’a aussi commercialisé via sa boutique en ligne, preuve de sa reconnaissance comme œuvre de patrimoine.